Pierre Desproges

(1939-1988)

 

« Bonjour, ma colère !

Salut, ma hargne !

Et mon courroux,

coucou ! »

« J’aime les histoires qui finissent mal :

ce sont les plus belles,

car ce sont celles

qui ressemblent le plus

à la vie. »

 

Nul besoin de se tarir d’éloges pour ce maître de la rhétorique, laissons-le juste parler lui-même…

 

*

Citations

 

« La culture, c’est comme l’amour.

Il faut y aller par petits coups au début pour bien en jouir plus tard. »

(Réquisitoire A. Balland)

Le Cal de Richelieu à la jeune Ctesse Polidoletta :

« Madame, si ma robe était de bronze, vous entendriez sonner le tocsin. »

 (Réquisitoire I. de la Fressange)

« Noël au scanner, Pâques au cimetière. »

(Almanach)

« Plus cancéreux que moi, tu meurs ! »

(Almanach)

« Dieu a dit : “tu aimeras ton prochain comme toi-même”, c’est vrai.

Mais Dieu ou pas, moi j’ai horreur qu’on me tutoie, et puis je préfère moi-même, c’est pas de ma faute. »

(Spectacle)

« Si quelqu’un ne voit pas de rapport entre Aragon et Henri III,

 qu’il nous écrive : il a gagné un bilboquet. »

(Fonds de tiroir)

« Qui baise trop bouffe un poil »

(Vivons heureux en attendant la mort)

« Si c’est toujours les meilleurs qui partent les premiers,

que penser alors de éjaculateurs précoces ? »

(Fonds de tiroir)

« L’amour... il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui le font.

À partir de quoi il m’apparaît urgent de me taire. »

(Fonds de tiroir)

 

*

Extraits

 

« Arielle de Claramilène s’ébaudrillait nuquelle et membrissons en son tiède et doux bain d’algues parfumil. Molle en chaleur d’eau clipotillante, chevelyre aquarelle, charnello lèvres de fraise extase, chavirée de pupille à rêve écartelé d’humide effronterie, murmurant ritournelles enrossignolées, elle était clatefollement divine.

La brune esclavageonne émue, qui l’éventait un peu de son parcheminet soyeux, comptemplait ébloussée les blancs dodus mamelons de bleu nuit veinelés, les petons exquis de sang carmin teintés, les fuselines aux mollets tendres, le volcanombril cloquet et la mottelle foressante du sexiclitor.

Perversatile et frissonnitouche, Arielle sentit bientôt ce libidœil lourd à cils courbés tremblants que la madrilandalouse mi-voilée, presque apoiline posait sur l’onde tiède où vaguement aux vaguelettes semblotaient se mouvoir les chairs dorées à cuisse offerte, à peine inaccessiblants, si blancs, au creux de l’aine exquise.

Lors, pour aviver l’exacerbie de l’étrangère, elle s’empara du savonule ovoïdal et doux à l’eau, l’emprisonna de ferme allégresse dans ses deux manucules aigles douces, ongulées, cramoisies, et le patinageant en glissade de son col à son ventre, s’en titilla l’échancrenelle.

È pericoloso branlezzi !” rauqua la sauvagyne embrasée, qui se fondait d’amour à coucherie volcanique indomptable et qui s’engloutissant soudain les deux mains à la fièvre sans prendre le temps de slipôter, bascula corps et âme dans l’éclaboussure satanique de cette bénie-baignoire pleine d’impure chatonoyance et de fessonichale prohibité fulgurante.

Quand l’étincelle en nuage les eut envulvées, ces étonnantes lesboviciennes se méprisèrent à peine et s’extrablottirent en longue pelotonnies de Morphée finissant jusqu’à plus tard que l’aube, sans rêve et sans malice, quoique virgines et prudes, elles n’avaient naguère connu l’onanaire qu’en solitude. »

1983

(Réquisitoire R. Deforges)

 

« Ecce femina. Voici la femme. À ne pas confondre avec Ecce homo. Voici ma tante. Qui es-tu, femme, ma sœur ?

La femme remonte à la plus haute antiquitédisait Alexandre Vialatte. (...)

La femme est beaucoup plus que ce mammifère inférieur qu’on nous décrit dans les loges phallocratiques. La femme est l’égale du cheval. Et de même qu’il ne peut pas vivre sans cheval, l’homme ne peut pas vivre sans femme. Comme la femme, le cheval permet à l’homme de s’accrocher derrière pour labourer jusqu’au fond du sillon... de semer sa petite graine, je veux dire. (...)

De même qu’il ne peut pas vivre sans marché noir, l’homme ne peut pas vivre sans femme. Car je vous le demande, vous trouvez que c’est une vie normale pour un homme de ne baiser que le FISC ? Alors que les femmes des percepteurs exhibant à chaque coin de rue leur arrogant derrière que le rond de cuir délaisse, hurlent à l’amour en attendant désespérément la main virile qui viendra leur nationaliser la libido à coups de zigounette dans la fonction publique. Avec effet rétroactif en donnée corrigée des variations saisonnières.

Oui, de même qu’il ne peut pas vivre sans oxygène, l’homme ne peut pas vivre sans femme. L’oxygène permet à l’homme de respirer un coup. La femme permet à l’homme de tirer un trait sur son adolescence, pour fonder enfin une famille d’où naîtront bientôt les merveilleux enfants du monde qui grandiront dans la joie avant de périr sous les bombes thermonucléaires dans une dizaine d’années au plus tard. (...) »

1982

(Réquisitoire J. Balasko)

           

 « Il faut retarder l’heure matinale de se revoir au miroir, aujourd’hui un peu plus mort qu’hier et bien moins que demain… »

C’est beau ce que je dis là : on dirait du Giraudoux… Quel con ce Giraudoux ! Pourtant il était limousin, mais quel con. Encore un qui buvait de l’eau. Ben oui, on n’écrit pas Ondine impunément. Notez que Ondine, c’est pas que de la flotte : il y a à boire et à manger là-dedans. Si, c’est vrai, rappelez-vous la scène du dîner de l’acte II. Rappelez-vous :

La scène représente la scène. Côté cour, un jardin. Côté jardin, la mer. Au centre, l’humble maison d’Ondine au dos des dunes, où la mère d’Ondine dresse la table. Par la fenêtre entr’ouverte, Ondine regarde la mer. (Pas la mère, la mer.) Elle est amère. (Pas la mer, Ondine.) Son œil scrute l’horizon où sa mère doit… (Pardon.) Son œil scrute l’horizon où son père doit pêcher le congre ou le bar. Le congre que le bar abhorre ou le bar que le congre hait. Car Ondine a la dalle et la mère a les crocs.

Selon qu’il aura pris la barque à congres ou la barque à bars, le père devra remplir la barque à congres à ras bord de congre ou la barque à bars à ras bord de bars. Or, il a pris la barque à bars. Au premier plan, rappelez-vous, le spectateur voit, au flanc de la montagne rouge feu, moutonner un maquis vert. Il y serpente des chemins rares qui débouchent soudain sur des criques sauvages où nul imbécile cintré dans sa bouée Snoopy ne vient jamais tenir, de son ombre grasse et populacière, l’irréelle clarté des fonds marins mordorés où s’insinue le congre que, donc, le bar abhorre. Ben oui : la bar abhorre le congre par atavisme. Le congre est barivore. Et donc le bar l’abhorre. Si vous voulez, le bar est ouvert aux congres du fait même que le palais des congres est ouvert au bar.

Le court extrait d’Ondine que je vais avoir l’honneur de vous interpréter maintenant se situe au moment précis où Ondon, le frère d’Ondine, part pour la Crète.

La nuit tombe. La mère d’Ondine et d’Ondon appelle sa fille.

LA MÈRE – Ondine !

ONDINE – Oui la mère ?

LA MÈRE – T’as vu l’heure ?

ONDINE – Et alors, la mère ?

LA MÈRE – Et alors on dîne !

                        (Fin.) »

1986

(Spectacle)

 

*

Biographie

 

1939

Mai. Naissance à Pantin.

1970-1976

Journaliste à l’Aurore.

1975-1977

Grand reporter au Petit Rapporteur de Jacques Martin.

1978-1983

Chroniqueur sur France Inter, en collaboration avec Th. Le Luron ; puis au Tribunal des flagrants Délires avec C. Villers et L. Rego.

1981-1982

Chroniqueur sur RMC.

1982-1983

Chroniqueur sur FR3.

1984-1985

Spectacle du Théâtre Fontaine et tournée.

1986

Chroniqueur sur France Inter, Chroniques de la Haine ordinaire.

1986-1988

Spectacle du Théâtre Grévin et tournée.

1988

Avril. Mort prématurée.

 

*

Bibliographie

 

1981

Manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis.

Les étrangers sont des nuls. Pour Charlie Hebdo.

1983

Vivons heureux en attendant la mort.

1985

Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis.

Des femmes qui tombent. Roman.

1988

Almanach.

La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute. Interview.

1990

Fonds de tiroir. Posthume.

 

Zlang, 2005