le Patois Occitan Alpin

de Villar-Saint-Pancrace

(Briançonnais)

 

l’Patouà doou Viarà

 

NOUVEAU / NOUVÈ

 

FORUM des PATOIS

du BRIANÇONNAIS

 

per toutou lou briansourè quë vouaran

parlà din lour vièlho lëngo

 

 

a moun gran...

 

            Cette page m’est particulièrement chère puisque j’y parlerai du patois de mon fief paternel. Mes racines familiales y sont établies depuis plusieurs siècles : ce village s’appelle Villar-Saint-Pancrace (dans son patois, l’Viarà ; voir le site de la commune). C’est un gros bourg, auquel viennent s’ajouter plusieurs hameaux, et situé en aval de Briançon, sur la rive gauche de la Durance, dans le département des Hautes-Alpes. Au cœur des Alpes Cottiennes, il se trouve entre le Queyras et le Massif des Écrins d’un côté et entre Savoie-Piémont et vallée de la Durance de l’autre. Villar-Saint-Pancrace (également désigné sous le nom de Grand-Villar) fut pendant près d’un millénaire, une des communautés de la République des Escartons (ou Principauté de Briançon) et ce, jusqu’à la Révolution. La région en effet, bien qu’aujourd’hui partagée entre France et Italie, a toujours possédé une certaine indépendance d’esprit (voir mon mémoire les Langues de la République des Escartons).

         Ce travail constitue pour moi une sorte de sauvegarde de mon patrimoine familial que seuls mes grands-parents connaissent encore (bien que ma grand-mère ait quelques difficultés à le parler). Cela fait depuis les années trente et la guerre que le patois a commencé à régresser dans le village, et le phénomène est le même dans les villages voisins. Les années d’après guerre ont vu le patois cessé d’être transmis à la majorité des enfants. Étant encore personnellement de la génération suivante, je suis le seul originaire du village à m’y intéresser scientifiquement. Un petit groupe de patoisants s’est formé il y a quelques années. Cette dernière trace du folklore du village reste néanmoins condamnée à l’extinction – et cela est déplorable – d’ici au plus tard, les dix prochaines années.

         J’ai personnellement rapidement pris conscience du besoin urgent de sauvegarder cette part du patrimoine de ma région natale et j’ai pour cela éprouvé un grand intérêt pour cette langue dès mon plus jeune âge. La première chose que j’ai apprise fut de compter. Cela me faisait me tordre de rire ! Puis dans mes années de collège et lycée, je n’ai cessé de me constituer un lexique afin d’apprendre un maximum de vocabulaire mais aussi de maîtriser la grammaire de la langue. Le premier point est relativement aisé lorsqu’on est en contact avec un patoisant. Cela demeure d’ailleurs une expérience extrêmement enrichissante. Toutefois le second point reste le plus délicat. Il est en effet bien difficile de déduire les règles de grammaire d’une langue qui n’a jamais été enseignée. Aussi faut-il posséder quelques notions spéciales mais aussi un peu de méthode et de ruse afin d’obtenir des phrases qui constituent une bonne base de donnée. Le fait que je possède de bonnes connaissances en linguistique m’a toujours permis d’assimiler rapidement les choses.

L’absence de forme écrite n’est pas le principal obstacle. Faut-il encore ne pas tomber dans l’erreur de noter le patois au moyen de graphies non prédéfinies. Aussi ai-je développé une graphie basée sur les règles en vigueur chez les principaux spécialistes de l’occitan alpin des vallées italiennes (graphie Genre). Il est très important de noter le patois tel qu’on l’entend, et d’oublier la graphie française, même si le mot se dit de la même manière ou presque, sans quoi le jour où il n’y aura plus aucun patoisant, plus personne ne pourra retrouver la vraie forme qu’avait la langue (c’est déjà trop souvent le cas). Enregistrer les patoisant est également un excellent moyen de faire perdurer la langue : il restera ainsi une trace vivante et pure de cette langue. Cependant, une étude linguistique de ce parler demeure essentielle.

 

 

Voir aussi : Petit Dictionnaire Français-Viaran

Cliquez ici : <Dictionnaire> : version revue et corrigée en janvier 2009 avec polygraphie et prononciation en API

 

la Tèto Joumal e la Catrë Dama

Valoun dë l’Oursh’rito

la Taouro

Un p’chi cantoun bën icoundu

 

 

 

Petite grammaire du Patois de Villar-St-Pancrace

P’chito gramèrë doou patouà doou Viarà

 

Phonétique et orthographe

 

 

 

         Voyelles

Orales

a        [a] /a/  > a comme dans mare

à        [a] /a/ accentué final

á        [æ] /{/ > intermédiaire entre [a] et [ε], comme un è très ouvert

e        [e] /e/ > comme le é de thé

è        [ε] /E/ > comme le è de père

ë        [ə] /@/ ou [œ] /9/ > comme le e de fenêtre ou le eu de peu, est également caduque

eu      [ø] /2/ > comme le eu de bleu

i         [i] /i/ > i comme dans ami

ou      [u] /u/ > ou, comme dans loup

o       [o] /o/ > o, comme dans trop

ò       [ɔ] /O/ > o ouvert, comme dans école

ó       [o] /o/ > o accentué final

u        [y] /y/ > u comme dans pur

 

Nasales

Les nasales sont légèrement suivies d’un ­-n

an      n] /a~/ > comme dans blanc

ën      [̃øn] /2~/ > comme un eu nasalisé, son très fréquent et assez difficile à prononcer

in       [̃in] /i~/ > i nasalisé

oun    [̃un] /u~/ > ou nasalisé

un      [̃yn] /y~/ > u nasalisé

 

Diphtongues et triphtongues

ai                [aj] /aj/ > comme dans aïe

èi                [εj] /Ej/ > comme dans pareil

ii                 [ji] /ji/ > comme yi

òi                [ɔj] /Oj/ > comme dans Bolchoï

aou             [aw] /aw/ > a-ou prononcés comme dans l’anglais house

èou             [εw] /Ew/ > è-ou

oou             [ow] /ow/ > o-ou prononcés comme dans l’anglais blow

òou             [ɔw] /Ow/ > o ouvert + ou

uou             [yw] /yw/ > u-ou prononcés de façon très liée

uòou           [rɔw] /HOw/ > u + o ouvert + ou

oua             [wa] /wa/ > comme le oi de roi

               [rε] /HE/ > comme u-è, comme dans muet mais prononcé de façon plus liée

 

         Consonnes

Occlusives

Sourdes                Sonores                Nasales

p       [p] /p/         b       [b] /b/         m       [m] /m/

t        [t] /t/           d       [d] /d/         n        [n] /n/

c/qu   [k] /k/          g/gu   [g] /g/                                      > qu (+e,i), gu (+e,i) ; g toujours dur, jamais comme j

nh      [ɲ] /J/          > comme gn dans montagne

 

Fricatives et affriquées

Sourdes                Sonores

f        [f] /f/           v        [v] /v/                                     

s        [s] /s/          z        [z] /z/                                     

sh      [] /S/         g(i,e)  [ʒ] /Z/                                    

ch      [ʧ] /tS/       j         [dʒ] /dZ/                                 > ch se prononce comme tch dans tchèque

 

Autres

Latérales

l         [l] /l/

lh       [ʎ] /L/ (souvent remplacé par -i- /j/)

Vibrantes

r        [r] /r/ roulé, entre deux voyelles

r        [R] /R/ comme en français, en début et fin de mot, ou au contact d’une autre consonne

ř        [R] /R/ comme en français en autre position

 

 

Orthographe et accent tonique

L’écriture n’est pas phonétique, toutes les lettres se prononcent pas. Attention au groupe ei (sans accents ni tréma) qui se prononce [i] (mais [εj] ou [e] dans les villages voisins). En occitan, cela a donné es- (en français é-) mais les patois briançonnais ne conservent pas le -s-. Attention également aux consonnes finales, généralement muettes dans tout le Briançonnais.

L’apostrophe marque une élision.

L’accent tonique porte sur la dernière syllabe, sauf pour les mots terminés en muet, les féminins terminés en -o et les verbes conjugués au singulier sont accentués sur l’avant-dernière syllabe. Exemple : moun pai (mon père), la pòrto (la porte), la pèiro (la pierre), tu parla (tu parles) mais sur la dernière syllabe, l’cubèr (le toit), l’chamou (chamois), parlà (parler).

 

Morphologie

 

Articles indéfinis

 

Devant consonne

Devant voyelle

Singulier

M

(v)un

ur

F

uro

ur

Pluriel

MF

d’

 

Articles définis

 

Devant consonne

Devant voyelle

Singulier

M

l’, lë

l’

F

la

l’

Pluriel

M

lou

louz

F

la

laz

l’crouchiè d’la glèizo doou Viarà su l’vèprë

 

 

Articles définis contractés

Préposition

lë, l’+cs

l’+voy

lou(z)

a

òou

a l’

òou(z)

dë, d’

dòou

d’l’

dòou(z)

 

Numéral

1

vun ; F. uro

11

vounzë

20

vin(ta)

1er

proumiè, F. -èro

2

dou(z) ; F doua(z)

12

douzë

30

trènto

dougième, F. -o

3

trèic, trèi(z)

13

trizë

40

caranto

trouagième

4

catrë

14

catòrzë

50

shincanto

catrième

5

shinc 

15

quianzë

60

souasanto

shinquième

6

shièic, shièi(z)

16

sèzë

70

stanto

shigième

7

sèt

17

darsèt

80

catrë vin

setième

8

uëch

18

dizuëch

90

catrë vin dé, nouananto

uechième

9

nòou

19

diznòou

100

sën

nouvième

10

dé (diz)

 

 

 

 

10°

digième

Lorsqu’on ajoute des unités aux dizaines, le -o final passe à /-a/ ; 21 vinta vun ; 32 trènta dou ; 97 catrë vin darsèt

Pour 70, le français régional (chez les anciens) est stante au lieu de soixante-dix.

 

 

Adjectifs démonstratifs

 

 

Singulier

M

(a)què

F

clo

Pluriel

M

clou(z)

F

cla(z)

 

 

Pronoms personnels

 

Cas sujet

Cas régime

atone

tonique

direct

indirect

Sg.

1°p

 

a

ioou

më, m’

ioou

2°p

 

tu, të

tu

të, t’

tu

3°p

M

ou(l), al

 

lou

 

F

i(l)

iilo

la

N

la

-

lou

-

Pl.

1°p

nou(z)

nou(z)

2°p

ou(z)

vou(z)

vou(z)

3°p

M

i(z)

iilou(z)

lou(z)

lour

F

iila(z)

la(z)

 

 

Conjugaison de quelques verbes

parlà (parler)

 

présent

a parlou

tu parla

ou parlo

nou parlën

ou parlè

i parlan

 

participe passé

parlè ; pl. parlà

 

futur

a parlarè

tu parlarè

ou parlarè

nou parlarën

ou parlarè

i parlaran

 

imparfait

a parlavou

tu parlava

ou parlavo

nou parlavën

ou parlavè

i parlavan

 

ètrë (être)

 

présent

a shiou

tü shia

oul i

nou shën

ou shia, ouz ète

i soun

 

participe passé

itè ; pl. ità

 

futur

a sarè

tu sarè

ou sarè

nou sarën

ou sarè

i saran

 

imparfait

èrou

tu èra

oul èro, l’èro

nouz erën

ouz erè

iz èran

 

aviour (avoir)

 

présent

èi

tu a, t’a

oul è / a

nouz avën

ouz avè

iz an

 

participe passé

agu ; F. agüo

 

futur

oourè

t’oourè

al oourè

nouz oourën

ouz oourè

iz oouran

 

imparfait

aviou

t’avió

oul avió

nouz aviën

ouz aviè

iz avian

 

pouvi (pouvoir)

 

présent

a pòiou

tu poua

ou poua

nou pouvën

ou pouvè

i pouaian

 

participe passé

pougu ; F. pougüó

 

veri (venir)

 

présent

a virou

tu veri, v’ri

ou veri, v’ri

nou verën

ou verè, v’rè

i veran, v’ran

 

participe passé

vëngu ; F. vëngüó

vouri (vouloir)

 

présent

a vourou

tu voua

o voua(r)

nou vourën

ou vourè

i vouaran

 

participe passé

vougu ; F. vougüó

dir (dire)

 

présent

a dizou

tu diza

ou di

nou dizën

ou dizè

i dizan

 

participe passé

di

 

vèirë (voir)

 

présent

a vèiou

tu vèia

ou vèi

nou vèiën

ou veiè

i vèian

 

participe passé

vi ; F. vito

anà (aller)

 

présent

a voou

tu va

ou vè / va

nouz anën

ouz anè

i van

 

participe passé

anè ; pl. anà

 

fà (faire)

 

présent

a foou

tu fa

ou fè / fa

nou fazën

ou fazè

i fan

 

participe passé

fè ; pl. fà

 

dëvi (devoir)

 

présent

a divou

tu diva

ou ?

nou dëvën

ou dëvè

i divan

 

participe passé

dëgu ; F. dëguó

 

sabi (savoir)

 

présent

a sabou

tu sa

ou sa

nou sabën

ou sabè

i saban

 

participe passé

sabu ; F. sabuó

 

 

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Darrièro moudificashioun : 04.01.2009

2005-2009, Zlang.